1. Contre des réductions en période de crise
La crise financière et économique mondiale a frappé la Suisse de plein fouet. Actuellement, plus de 170’000 personnes sont au chômage en Suisse. Les perspectives restent sombres pour l’année en cours et l’année prochaine. En pleine crise, les prestations de l’assurance-chômage doivent être réduites de plus de 600 millions de francs. Tandis que les banques ont été sauvées à coups de milliards de francs et que leurs managers perçoivent à nouveau des millions de francs de bonus, ce sont les chômeurs et chômeuses qui doivent payer. Cela est inacceptable.
- Réduction des indemnités journalières et prolongation de la période de cotisation: pour toucher 400 indemnités journalières, la période de cotisation de 12 mois est désormais augmentée à 18 mois et les travailleurs et travailleuses plus âgés qui ont souvent moins de chances sur le marché du travail ne toucheront 520 indemnités journalières que s’ils justifient d’une période de cotisation de 24 mois. Ce durcissement ne tient absolument pas compte des réalités du marché du travail. La flexibilisation augmente depuis des années sur le marché du travail et les travailleurs et travailleuses concernés sont davantage exposés au risque de chômage. L’assurance-chômage doit offrir une protection contre ce risque. Cela n’est plus le cas avec la prolongation de la période de cotisation.
- Les jeunes professionnels bien qualifiés sont pénalisés: jusqu’à l’âge de 30 ans, les jeunes professionnels doivent désormais accepter tout emploi indépendamment de leur formation. Pour les moins de 25 ans, le droit aux indemnités journalières est réduit de moitié, soit à 9 mois. Pour les jeunes parvenus au terme de leurs études ou de leur formation, le nombre d’indemnités journalières est réduit à 4 mois et ceci après un délai d’attente de 6 mois. Les jeunes professionnels sont ainsi sévèrement pénalisés. Ils sont empêchés de faire leurs preuves dans le métier appris et de gagner en expérience. Cela dévalorise la formation et compromet leurs chances sur le marché du travail.
- Dévalorisation de l’instrument éprouvé du gain intermédiaire: celles et ceux qui sont au chômage et acceptent une activité de gain intermédiaire mal rémunérée percevront par la suite une indemnité journalière moins élevée. Cette réduction des prestations affaiblit un instrument performant et attrayant. En même temps, elle pénalise les chômeurs et chômeuses qui seraient prêts à accepter, dans le cadre d’un gain intermédiaire, un travail peut-être moins attrayant et moins bien rémunéré.
- Suppression incohérente des mesures spéciales dans les régions à taux de chômage élevé: la possibilité d’augmenter le nombre d’indemnités journalières de 400 à 500 dans les régions particulièrement touchées par le chômage est supprimée. La présente crise montre que cet instrument est judicieux. Actuellement, les cantons de Vaud, Neuchâtel, Jura et Jura bernois, particulièrement touchés par la crise dans le domaine de l’exportation, ont augmenté le nombre d’indemnités journalières à 520. Les mesures de soutien régionales contribuent à éviter une vague d’arrivées en fin de droits.
- Coupe sombre dans les prestations pour les personnes exonérées de cotisations: pour tous les jeunes qui viennent d’achever leur formation ou leurs études, toutes celles et ceux qui reviennent d’un séjour à l’étranger ainsi que toutes les personnes qui étaient libérées d’une période de cotisation pour raison de maternité, maladie, accident, séparation ou divorce, la durée d’indemnisation est réduite de 12 à environ 4 mois (90 indemnités journalières). Cette coupe sombre signifie l’exclusion de facto de l’assurance-chômage.
2. Contre le financement peu sérieux
Une assurance-chômage solide a besoin d’un financement solide. Cela signifie en premier lieu que les dettes contractées par l’assurance-chômage en période de crise doivent à nouveau être remboursées lors de la prochaine reprise. Le financement décidé par le Parlement ne remplit pas cette condition et n’est donc pas sérieux.
- Assainissement des dettes au ralenti: en été 2010, la dette de l’assurance-chômage se montera à env. 7 milliards de francs. Et elle continuera de s’alourdir en raison de la persistance du chômage. L’amortissement de la dette décidé par le Parlement durera 18 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2029. C’est une période trop longue qui ouvre tout grand les portes à un nouveau démantèlement des prestations. Mais un regard sur le passé montre qu’il y a aussi d’autres solutions. Après la crise des années 90, la dette qui s’élevait alors à 8.8 milliards de francs a pu être amortie en quatre ans.
- Contre les économies réalisées aux frais des cantons et des communes: avec la 4ème révision de l’assurance-chômage, les prestations seront massivement réduites pour les assurés. Les travailleurs et travailleuses concernés ainsi que leurs familles seront ainsi très rapidement relégués à l’aide sociale et le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale augmentera considérablement. Les cantons et les communes tablent aujourd’hui déjà sur des frais supplémentaires de l’ordre de 200 millions de francs. Cela signifie qu’un tiers des „économies“ réalisées dans l’assurance-chômage résultera d’un transfert direct des coûts vers les cantons et les communes. La Confédération se désengage ainsi de ses responsabilités et tente d’assainir l’une des assurances sociales les plus importantes aux frais des cantons et des communes.
3. Contre le démantèlement de l’assurance-chômage
Une assurance-chômage solide est nécessaire pour contrebalancer un marché du travail flexible. Le marché du travail flexible est l’un des avantages les plus importants de la place économique suisse. Lors de fluctuations conjoncturelles, les entreprises en Suisse peuvent rapidement supprimer des emplois. Pour les travailleurs et travailleuses, cela n’est acceptable que dans la mesure où une assurance-chômage solide atténue les risques financiers et professionnels du chômage. La révision démantèle les prestations de manière unilatérale et néglige un assainissement sérieux des dettes. L’assurance-chômage est ainsi vidée de sa substance et l’équilibre est rompu entre la flexibilité et la sécurité sur le marché du travail.
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